Image_2C'est d'abord la couverture qui a attiré mon attention sur ce roman de la rentrée littéraire. J'aime beaucoup ce cliché en noir et blanc, la jeune femme a des faux airs de Romy Schneider je trouve. Puis vint la découverte du titre : Rien ne s'oppose à la nuit...comme une phrase entêtante...que j'ai rapidement associée à la chanson de Bashung, "Osez, Joséphine". Le nom de l'auteur lu en dernier n'a rien éveillé en moi si ce n'est mon ignorance : encore un auteur français contemporain que je n'ai pas lu ! Enfin, à travers mes lectures de magazines habituels (ELLE, Télérama), j'ai lu des articles élogieux sur cet ouvrage ; c'est grâce à Leil, qui en a fait un livre voyageur, que j'ai pu lire ce roman incontournable de la rentrée littéraire.

Delphine de Vigan, après avoir mené une enquête fouillée, dense, auprès des membres de sa famille a entrepris de raconter l'histoire de sa mère, Lucile, qui s'est suicidée il y a trois ans. Ce roman repose sur une somme de souvenirs, aussi bien tendres que dramatiques, car la famille de Lucile est typiquement romanesque et son destin est marqué par le nombre de drames qui le ponctue mais aussi par une vie de famille fantaisiste, notamment à travers le personnage de Liane, la mère de Lucile. Delphine de Vigan manie la plume avec dextérité : ici tout est pudeur, émotion contenue.  La simplicité apparente de son style n'est qu'un leurre, car il y a bien un talent d'écrivain : faire des membres de sa famille des personnages romanesques et les rendre si humains en même temps.

Les souvenirs sont ponctués du questionnement de l'auteur sur la légitimité de son roman, ses interrogations en tant qu'écrivain : « La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Ce portrait de mère est bouleversant : l'enquête menée par Delphine de Vigan au sein de sa famille pour l'aider à accepter la mort de sa mère et tout ce qui l'entoure (culpabilité ? acceptation ? responsabilité ? fatum ?) renvoie le lecteur à ses propres interrogations en soulignant les failles, les blessures cachées de chaque famille. Ce roman a reçu le prix FNAC 2011.